« Il ne faut pas se « faire violence »… il faut se « faire conflit. » »

Il arrive parfois que la phrase d’un stagiaire vienne éclairer tout ce que le formateur a partagé dans sa  formation !  Une phrase à la fois drôle, vive et bien plus sérieuse qu’elle n’en a l’air.
Ce jour-là, en fin d’une de mes sessions de formation sur la gestion du conflit, alors que chacun partageait son « mot de la fin », un participant — malice dans les yeux, sourire en coin — a lancé :

« Je retiens de cette formation qu’il ne faut pas se « faire violence » … il faut se « faire conflit ». »

La salle a ri. Moi aussi. Avec cette phrase, il avait mis les pieds exactement là où fallait les mettre !

La violence, c’est quand on renonce à l’autre.

Ce que disent si bien les travaux de la Thérapie Sociale , c’est que la violence, contrairement à ce que l’on croit, n’est pas l’expression d’un trop-plein. C’est l’expression d’un vide : le vide créé quand on ne parvient plus à se confronter réellement.

Quand on ne trouve plus l’espace, ni le temps, ni le courage (ou le désir) d’entrer en conflit, alors la violence surgit.
Comme un dernier recours. Comme une (mauvaise) solution à une impuissance trop lourde.

La violence, qu’on retourne contre les autres ou contre soi raconte la même chose : on ne parvient plus à rencontrer l’autre comme un partenaire de réalité.
On voudrait qu’il disparaisse ou qu’il devienne enfin celui que l’on imagine. Plus qu’ un affrontement : c’est une rupture, un refus.

Le conflit n’est pas la cassure, il est l’ajustement.

Dans un groupe, dans une équipe, dans une famille, entrer en conflit, c’est croire encore que quelque chose mérite d’être construit ensemble.
C’est préférer la friction à l’effacement, la parole à la morsure, la présence à la disparition.

Depuis que ce stagiaire a lancé sa formule (que je rêve secrètement de faire imprimer sur des mugs! :-), elle me sert de boussole.
Parce qu’elle dit de manière simple ce que la théorie explique avec précision : « la violence naît du refus du conflit. »

Et nos organisations, nos relations professionnelles, nos collectifs en sont truffés :
teams silencieuses, réunions polies, accords de façade.. sous le calme apparent, ça bouillonne, ça se mord la langue, et ça s’use.
Et un jour, ça explose.

« Se faire conflit », ce serait donc :
— accepter de déplier nos divergences, même si ça grince ;
— oser dire : « je ne pense pas comme toi » sans en faire une guerre ;
— reconnaître que la confrontation n’est pas l’ennemie de la paix, mais son artisan le plus loyal.

Réhabiliter le conflit ?

Pas le clash, pas la tension stérile, pas le rapport de force.
Le conflit… le vrai.
Celui qui permet de recomposer une situation en y intégrant tous ses morceaux.
Celui qui permet de transformer la violence en intelligence collective.
Celui qui crée de la lumière là où l’on n’avait que de l’ombre.

Mélanie FAYE