« On ne veut plus manager ! » (Episode 3)

Manager autrement, quand la culture d’entreprise redéfinit les pratiques managériales

« Penser le changement plutôt que de changer le pansement. » — Pierre Dac

Le monde change. Le management aussi.

Depuis trente ans, les entreprises n’ont cessé d’évoluer sous la pression de nouvelles contraintes : juridiques, économiques, technologiques, sociales. Les cadres réglementaires se sont densifiés ; les exigences de bien-être au travail, d’égalité professionnelle, de responsabilité sociale sont devenues centrales.

Mais au-delà de la loi, c’est la culture du travail elle-même qui s’est transformée. Le rapport à l’autorité, à la performance, au collectif n’est plus le même. Les collaborateurs ne veulent plus seulement “bien faire” : ils veulent comprendre pourquoi ils le font. Ils cherchent du sens, du respect, de la reconnaissance. Et dans ce nouvel écosystème, beaucoup de managers se sentent désorientés. Ce qu’ils ont appris, ce qu’ils ont vu se pratiquer, ne fonctionne plus toujours.

Quand les recettes d’hier ne prennent plus

Le management d’hier reposait souvent sur la maîtrise technique et la hiérarchie. Celui d’aujourd’hui exige de l’écoute, de l’agilité, de la finesse relationnelle.

Un recadrage sec, autrefois perçu comme un signe d’autorité, est désormais vécu comme une violence. Une équipe motivée par des primes ou des injonctions au résultat attend aujourd’hui de la confiance, du feedback, du sens. Le rôle du manager n’est plus de “diriger”, mais de composer avec les différences, d’orchestrer des talents, d’inspirer.

Et pourtant, une grande partie des formations managériales reste centrée sur les outils et les méthodes. On y apprend à mener un entretien, à gérer un conflit, à donner un feedback. Mais rares sont celles qui posent la question essentielle : dans quel cadre de référence ces pratiques prennent-elles sens ?

Le cadre de référence, cet invisible qui conditionne tout

Chaque organisation a sa culture, ses valeurs implicites, ses mythes, ses manières de faire. C’est elle qui détermine ce qui est considéré comme efficace, acceptable ou non. Un manager qui ignore cette trame invisible risque de se heurter à des résistances qu’il ne comprend pas. Il ne suffit donc pas de “bien faire” ; encore faut-il faire juste. C’est là que la philosophie du cabinet Des Ressources et des Hommes apporte un éclairage précieux.

Plutôt que d’empiler des outils, l’accompagnement vise à faire émerger la conscience du contexte : celui dans lequel les décisions se prennent, les tensions se nouent, les relations se construisent. Autrement dit, il ne s’agit pas d’ajouter du savoir-faire, mais d’approfondir le savoir-penser et le savoir-être.

Le management n’est pas une science exacte : il est une culture en mouvement

Un manager dans une clinique, dans une start-up, dans une collectivité ou dans une usine ne vit pas le même métier. Les temporalités, les contraintes, les attentes ne sont pas comparables. Le management ne peut donc pas être standardisé.

Les jeunes générations, notamment, ne s’y trompent pas : elles réclament de la cohérence, de la confiance et de la clarté. Si on les accueille avec les méthodes managériales d’un autre temps, elles se ferment, se détachent, ou partent. Ce que certains appellent “choc générationnel” est souvent un choc culturel : celui entre une manière de faire héritée et une manière d’être attendue.

“On m’a formé, mais rien ne marche”

Combien de managers sortent de formation pleins d’assurance… pour découvrir que leurs nouvelles techniques ne produisent pas les effets escomptés ? Ce n’est pas qu’ils manquent de bonne volonté : c’est que leur environnement ne leur permet pas de les mettre en œuvre.

Ils reviennent avec des outils, mais sans clé de lecture du contexte. Ils tentent d’appliquer un modèle appris ailleurs, sans voir qu’il entre en collision avec la culture de leur organisation. Résultat : frustration, sentiment d’échec, perte de confiance.

Dans ces moments-là, les entreprises réagissent souvent par réflexe : chercher un responsable, sanctionner, réorganiser. Mais cette logique du blâme empêche la compréhension. Elle s’attaque au symptôme, pas à la cause.

Comprendre avant d’accuser

Lorsqu’un manager est pointé du doigt pour un comportement jugé inapproprié, la tentation est grande de le sanctionner sans délai. Parfois, c’est nécessaire. Mais souvent, cette réponse rapide empêche de poser la vraie question : qu’est-ce qui lui a manqué pour agir autrement ?

Une approche systémique permet de dépasser ce réflexe. Elle invite à regarder le contexte : les interactions, les signaux contradictoires, les messages implicites, les valeurs floues. Elle aide à comprendre comment une organisation, parfois sans le vouloir, peut rendre certains comportements possibles ou invisibles. Accompagner un manager dans cette exploration, ce n’est pas excuser ses erreurs, c’est lui donner les moyens d’apprendre, d’ajuster, de grandir. C’est lui offrir la possibilité d’un nouveau positionnement, plus juste, plus conscient, plus durable.

La culpabilité, cet obstacle au changement

Derrière beaucoup de résistances managériales se cache la culpabilité. “Ce n’est pas ma faute.” “Je n’ai fait qu’appliquer la règle.” “On ne m’avait pas formé.” Autant de phrases qui traduisent la peur de la faute et du jugement. Or, une organisation qui veut apprendre doit désamorcer la culture du blâme. Il ne s’agit pas d’absoudre tout le monde de tout, mais de déplacer le regard : de “qui est coupable ?” à “qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?”.

Dans le management, comme dans la qualité industrielle, le progrès vient de la capacité à observer les dysfonctionnements, à en tirer des enseignements, à réajuster. Les erreurs deviennent alors des sources d’évolution, pas des preuves d’incompétence.

De la faute à la responsabilité

Sortir de la culpabilité, c’est faire place à la responsabilité partagée. Le manager n’est plus un bouc émissaire, mais un acteur du changement. L’organisation, elle aussi, doit se regarder dans le miroir : quels messages envoie-t-elle ? quelles contradictions entretient-elle ? quelles ressources met-elle à disposition ?

Cette culture de la responsabilité rejoint pleinement l’esprit du manager positif : celui qui relie performance et qualité de la relation, exigence et humanité. Le manager positif ne cherche pas à plaire ni à éviter les conflits ; il cherche à agir en conscience. Il sait que les problèmes ne sont pas des menaces, mais des occasions de progresser.

Le problème n’est un problème que tant que la solution n’a pas émergé

Rencontrer un problème, ce n’est pas échouer : c’est être au seuil d’une solution nouvelle. Chaque tension, chaque résistance, chaque conflit dit quelque chose d’un système qui a besoin d’évoluer. C’est une invitation à fabriquer du neuf.

Le manager qui sait lire ces signaux faibles devient un véritable levier d’innovation managériale. Il ne subit plus les difficultés ; il s’en sert pour transformer les pratiques. Mais pour cela, il faut du recul, de l’accompagnement, de la confiance.

Et c’est précisément là que des approches comme celles de Des Ressources et des Hommes trouvent toute leur pertinence : elles ne proposent pas des recettes, mais un chemin de compréhension et d’ajustement.

Le management comme art vivant

Penser le management comme un processus vivant, c’est accepter qu’il évolue avec le monde, avec les personnes, avec les cultures. Les “bonnes pratiques” d’hier ne sont pas à jeter ; elles sont à revisiter. Ce qui compte, ce n’est pas de faire table rase, mais de donner du sens au mouvement.

Les générations qui arrivent sur le marché du travail n’attendent pas des discours rassurants, mais des environnements sincères, cohérents, capables de se remettre en question. Elles veulent participer, apprendre, contribuer à des projets qui les dépassent. Et cela ne peut se faire que dans des organisations où le management est un espace de relation, de confiance et de croissance partagée.

Penser le changement, ensemble

Le management ne se résume plus à des techniques, il devient une culture en soi : celle du dialogue, de la responsabilité, de la lucidité et du respect. Il invite à changer notre regard sur les erreurs, sur les tensions, sur le rôle même du manager.

Plutôt que de former à “mieux faire”, formons à mieux comprendre.
Plutôt que de punir, accompagnons.
Plutôt que de chercher le coupable, cherchons le sens.

Car, au fond, manager, c’est apprendre à penser le changement – pas à changer le pansement. Et dans cette quête, chaque manager, chaque RH, chaque organisation peut devenir un lieu d’intelligence collective, un espace où les femmes et les hommes grandissent ensemble.